Road trip #1 : La Roche Guillebaud

Road trip #1 : La Roche Guillebaud

Tous les jours des avions décollent et déversent, quelques heures plus tard, des foules apathiques qui lèvent la tête aux mêmes endroits et rentrent chez elles avec un méchant coup de soleil qui commence là ou finit leur short. Pourtant, à côté de ces trajectoires jalonnées de points de passage obligés, quand une moitié du monde se déverse dans l’autre, il existe des découvertes hexagonales qui se nourrissent de votre curiosité.

La Roche-Guillebaud, un château en ruine oublié depuis neuf siècles, posé sur une roche magmatique où rode une légende aux réminiscences spectrales, en est une …

Ici, le touriste se fait rare

Situées à la frontière des départements de l’Allier et du Cher, les ruines de la Roche-Guillebaud font appel aux lectures d’Ann Radcliffe, l’inventrice du roman gothique. On y accède par une succession de routes départementales insipides : stations-services désaffectées envahies par les herbes folles, maisons dépenaillées, hôtels aux volets clos. Ici le touriste se fait rare.

Tracteurs cacochymes

Avant St Elloy d’Allier (50 habitants), le monde agricole se rappelle à votre bon souvenir : cuves abandonnées, tracteurs cacochymes, fermes éventrées, ponctuées de voitures sédentarisées qui servent de niche à quelques chiens pelés. Une fois le hameau passé, la route se rétrécit. Les fougères, de part et d’autre du chemin vicinal, tentent de se rejoindre dans un élan végétal fraternel.

Légende : une cuve abandonnée ou un vaisseau Soyouz tombé du ciel ?

La Roche-Guillebaud :  900 ans de solitude

Le château de la Roche-Guillebaud est là, posé sur un bloc rocheux isolé par l’érosion, au milieu de la petite vallée de l’Arnon. L’ombre de pierre mangée par la végétation se devine à travers les lierres et les arbustes, qui l’anéantissent au fil du temps.

 

 

Vous y êtes presque. Quelques mètres plus bas, un lac artificiel entaille deux collines bucoliques, comme le creux entre deux plis dans un coton rêche.

 

 

 

 

On est loin ici des ruines romantiques traversées par les lumières sophistiquées des peintres Turner ou Hubert Robert. Les eaux sombres et troubles de l’Arnon, à moins qu’il ne s’agisse du Styx, contournent cette forteresse sourcilleuse. Elles fulminent au printemps et paressent en été, jusqu’à rendre l’atmosphère immobile.
Plus haut, la pierre, grossièrement taillée, souligne la présence d’un donjon et de son logis seigneurial. Autour de l’éperon rocheux, on aperçoit un puissant mur en pierre qui constituait l’enceinte fortifiée. On devine, le long d’un sentier, le tracé émoussé des maisons des serfs. Il se dit qu’on leur coupait le tendon d’Achille à la moindre velléité de liberté.

Inhabité à la fin du 15 ème siècle, le château fut pillé à la suite des guerres de religion : portes, fenêtres, aménagement intérieur, …En 1780, il ne reste plus que les murs. La tourelle carrée du donjon s’effondre à la fin du XIX ème siècle. Les cheminées et le portail s’écroulent au début du XX ème siècle. Depuis personne ne s’en est occupé.

La légende d’une dame blanche, amoureuse éplorée, morte dans les oubliettes du château après avoir vécu un amour condamnable, vient encore assombrir cette description. Les locaux racontent que les soirs de pleine lune, on entendrait sa plainte lugubre courir le long de l’Arnon et monter jusqu’au hameau.

Austère et sinistre

Au 19 ème siècle, en 1837, George Sand est impressionnée par l’austérité des lieux et leur aspect sinistre. Elle en fait une évocation dans son roman Mauprat (2) : « Dans cette vaste lande, coupée de chênes et de châtaigniers, on trouve, au plus fourré et au plus désert de la contrée, un petit château en ruine tapi dans un ravin. Les arbres séculaires qui l’entourent et les roches éparses qui le dominent l’ensevelissent dans une perpétuelle obscurité. Ce triste Castel c’est la roche Mauprat ».

 René s’appelle Petit et il est grand

En partant, vos croiserez peut-être René, le géant doux avec son short sans âge. Le long de ses bras, deux biberons de lait taille XXL destinés à ses brebis. Moustache poivrée, sourire malicieux, René est un ancien facteur plein de sagesse. Une fois à la retraite, il est revenu habiter le hameau de la roche qui l’a vu naître. Pour lui, le luxe est de finir ses jours là où on est né !

Sa maisonnette ? Un univers de poche ultra-compact : salon, salle à manger, chambre, cuisine ,…  Le tout, presque au même endroit, abritait un café jusque dans les années 30. Le café de « la Roche » servait de repaire aux locaux qui venaient en traction Citroën le dimanche pour pécher des écrevisses. Depuis, les écrevisses sont parties dans les limbes et le café a fermé. Aujourd’hui, René et sa femme, vivent là à l’année, seuls au monde, avec la compagnie des fantômes dont ils s’accommodent. Le jardin de René est beau comme son âme : fleurie. René c’est le côté « riant » de la Roche-Guillebaud !

 


(1)            Le pont reposait sur deux piles en pierre. On le retirait de façon non pas verticale comme avec un pont-levis, mais de façon horizontale avec un système de chaînes.

(2)            Georges Sand aimait passer du temps au château de Nohant dans le Berry. C’est au cours d’une de ses escapades qu’elle aurait pu découvrir La Roche-Guillebaud, situé à quelques kilomètres de Nohant

Cartographie